C'est quoi, l'éducation à la relation ?

Avec la meilleure volonté du monde et le projet de me donner une bonne éducation, mes parents et mes maîtres m'ont très tôt fait comprendre que je serais reconnu et aimé si je me conformais à leurs attentes et à leurs injonctions. 

Si j'obéissais, je serais récompensé de sourires, encouragements  cadeaux… sinon je m'exposais à leur colère, à la honte qui en découlait, à l'impression d'être rejeté.

Ma propre colère n'avait évidemment aucune place, comme mes autres sentiments : "Ne pleure pas, ce n'est rien !" … "Allons, n'aie pas peur, sois un homme !"

Je suis donc devenu docile, obéissant, bien élevé, tellement attentif aux opinions et aux besoins des autres que les miens propres étaient comme anesthésiés et que j'ai fini par ne plus accéder même à mes désirs et à mes goûts personnels…

Ainsi coupé de mon être profond, j'ai malgré tout avancé dans ma vie et je suis devenu instituteur : avec les enfants, je risquais moins de me confronter au monde des adultes…

J'avais 30 ans quand j'ai découvert que j'éprouvais des émotions. Je pouvais même apprendre à les accueillir, les nommer, les faire partager… et ça a révolutionné totalement ma vie intérieure, ma relation à autrui, et jusqu'à mon engagement professionnel.

J'aime à dire que je suis en rééducation jusqu'à la fin de mes jours… Je suis en chemin : je n'ai cessé de rougir en prenant la parole qu'il y a peu de temps. 

L'équilibre que j'ai enfin trouvé tient en quelques mots : 

- Je me reconnais capable et compétent 
- J'ai de la valeur à mes propres yeux
- Je peux me faire confiance 

Aujourd'hui, je crois qu'éduquer à la relation revient à faire grandir chez l'enfant cette conscience et cette estime de soi qui lui permet de nouer avec autrui des relations de qualité.

En 50 ans, les sciences humaines, les neuro-sciences affectives et sociales ont fait d'immenses progrès et nous apportent la confirmation que l'être humain en devenir a d'abord besoin de sécurité pour se développer harmonieusement.

Sous nos yeux et dans nos classes, la violence, le repli, la démotivation, les dysfonctionnements intellectuels, les pathologies… nous montrent qu'une grande partie des enfants est en souffrance.

Si nous ne pouvons évidemment pas guérir toute la misère du monde, nous avons le pouvoir de créer dans nos établissements des lieux propices à l'élévation des enfants qui nous sont confiés : la patiente construction de leur colonne vertébrale intérieure leur donnera l'audace d'inventer leur vie et d'offrir le meilleur d'eux-mêmes à la société dont ils seront acteurs. 

La difficulté pour nous, c'est que, pour la plupart, nous n'avons pas reçu cela.

Cela suppose que nous acceptions de nous mettre en chemin pour trouver ou entretenir notre propre équilibre : prendre soin de nos propres besoins, vider régulièrement notre réservoir émotionnel avant d'en avoir ras le bol, vivre entre nous des relations respectueuses et nourrissantes… C'est à partir de cet endroit de vigilance et de stabilité relative que nous inventons l'école de demain.

Vous êtes invités à vous associer à la grande mutation qui s'amorce consciemment et volontairement ici. Elle est enthousiasmante et elle peut faire peur. Elle est engageante et ne pourra perdurer que si elle nourrit notre joie et notre estime de nous-mêmes. Elle est personnelle et repose aussi sur notre capacité à œuvrer ensemble. 

François Cribier - Chargé de mission "éducation à la relation" - Vers l'école de la relation

Vers le document "point d'étape" du projet en 2015